Éternels Éclairs

Amen

Par des ‘je vous salue Marie’ De leurs consciences aigries Les gens - bien à la confesse - Passent le temps qui presse. Ils nous mentent ces gens là Avec leur pari sur l’Au-delà Quand la foi juste au cas où Les lavera fidèles à genoux. Se différenciant des impies Qui jamais au sol ne prient Les hommes de bon choix Portent le poids de la croix. Ainsi tous pêchés nettoyés Ils pourront recommencer Tel un cycle de l’Histoire À exécuter l’avenir en noir. Le temps qui passe – presse Les gens biens à la confesse De leurs consciences aigries Par des ‘je vous salue Marie’.

— Stéphen Moysan
L'efflorescence d'un adieu

Athée

Je m'adresse à tout l'Univers, Après David, le roi psalmiste. Oui, Madame, en ces quelques vers, Je m'adresse à tout l'Univers. Sur les continents et les mers, Si tant est qu'un athée existe, C'est moi, dis-je, à tout l'Univers, Après David, le roi psalmiste. Je me fous bien de tous vos dieux, Ils sont jolis, s'ils vous ressemblent, Et bons à foutre dans les lieux. Je me fous bien de tous vos dieux, Je me fous même du bon vieux, L'unique, devant qui tous tremblent ; Je me fous bien de tous vos dieux, Ils sont jolis, s'ils vous ressemblent. Je ris du Dieu des bonnes gens, S'il en est encor par le monde ; Avec les gens intelligents. Je ris du Dieu des bonnes gens. Sacré Dieu ! quels airs indulgents ! Quel gros cul, quelle panse ronde ! Mais... pour les seules bonnes gens, S'il en est encor par le monde. Je me fous aussi de celui Des grands philosophes, très drôles, Qui parfois se prennent pour lui. Je me fous aussi de celui Dont l'incommensurable ennui Voudrait peser sur nos épaules. Je me fous aussi de celui Des grands philosophes, très drôles. Je plains fort, vous entendez bien, Tout homme qui dit : Dieu, sur terre, Indou, musulman ou chrétien, Je le plains, vous entendez bien ; Le déiste aussi, qui n'est rien Dans l'église ou le phalanstère. Je plains fort, vous entendez bien, Tout homme qui dit : Dieu sur terre. Je suis comme le vieux Blanqui Je dis aussi : « Ni Dieu ni maître. » Ni maîtresse... c'est riquiqui. Je suis comme le vieux Blanqui. Je me fous de n'importe qui. Je jette tout par la fenêtre, Et je me fous bien de Blanqui, Comme de son « Ni Dieu ni maître. » Je n'en ai qu'un, mais assez bon Nom de Dieu ! pour que je l'écule, Votre vrai Dieu, Dieu sans... rayon. Je n'en ai qu'un, mais assez bon : Le monde entier, ce grand capon, Vit dans la peur de sa férule. Je n'en ai qu'un mais assez bon Nom de Dieu ! pour que je l'écule. L'un ou l'autre mot m'est égal, Si mon langage est clair, Madame. Être clair c'est le principal. L'un ou l'autre mot m'est égal. Mais l'autre était grossier pas mal, Et... j'ai le respect de la femme. L'un ou l'autre mot m'est égal. Si mon langage est clair, Madame.

— Germain Nouveau (1851-1920)
Valentines

Conseil

Eh bien ! mêle ta vie à la verte forêt ! Escalade la roche aux nobles altitudes. Respire, et libre enfin des vieilles servitudes, Fuis les regrets amers que ton cœur savourait. Dès l’heure éblouissante où le matin paraît, Marche au hasard ; gravis les sentiers les plus rudes. Va devant toi, baisé par l’air des solitudes, Comme une biche en pleurs qu’on effaroucherait. Cueille la fleur agreste au bord du précipice. Regarde l’antre affreux que le lierre tapisse Et le vol des oiseaux dans les chênes touffus. Marche et prête l’oreille en tes sauvages courses ; Car tout le bois frémit, plein de rhythmes confus, Et la Muse aux beaux yeux chante dans l’eau des sources.

— Théodore de Banville (1823-1891)
Les Cariatides

Extrait de La Crosse en l’air

Je ne suis pas libre penseur dit le veilleur je suis athée Hein quoi dit le Saint-Père et l’autre dans le tuyau de son oreille l’autre se met à gueuler Allô allô Saint-Père vous m’entendez athée A comme absolument athée T comme totalement athée H comme hermétiquement athée É accent aigu comme étonnamment athée E comme entièrement athée pas libre penseur athée il y a une nuance

— Jacques Prévert (1900-1977)
Paroles

Le Mal

Tandis que les crachats rouges de la mitraille Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu ; Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille, Croulent les bataillons en masse dans le feu ; Tandis qu'une folie épouvantable broie Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant ; - Pauvres morts ! dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie, Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !… – Il est un Dieu qui rit aux nappes damassées Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or ; Qui dans le bercement des hosannah s'endort, Et se réveille, quand des mères, ramassées Dans l'angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir, Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

— Arthur Rimbaud (1854-1891)
Poésies

Le reniement de Saint-Pierre

Qu'est-ce que Dieu fait donc de ce flot d'anathèmes Qui monte tous les jours vers ses chers Séraphins ? Comme un tyran gorgé de viande et de vins, Il s'endort au doux bruit de nos affreux blasphèmes. Les sanglots des martyrs et des suppliciés Sont une symphonie enivrante sans doute, Puisque, malgré le sang que leur volupté coûte, Les cieux ne s'en sont point encore rassasiés ! Ah ! Jésus, souviens-toi du jardin des Olives ! Dans ta simplicité tu priais à genoux Celui qui dans son ciel riait au bruit des clous Que d'ignobles bourreaux plantaient dans tes chairs vives, Lorsque tu vis cracher sur ta divinité La crapule du corps de garde et des cuisines, Et lorsque tu sentis s'enfoncer les épines Dans ton crâne où vivait l'immense Humanité ; Quand de ton corps brisé la pesanteur horrible Allongeait tes deux bras distendus, que ton sang Et ta sueur coulaient de ton front pâlissant, Quand tu fus devant tous posé comme une cible, Rêvais-tu de ces jours si brillants et si beaux Où tu vins pour remplir l'éternelle promesse, Où tu foulais, monté sur une douce ânesse, Des chemins tout jonchés de fleurs et de rameaux, Où, le coeur tout gonflé d'espoir et de vaillance, Tu fouettais tous ces vils marchands à tour de bras, Où tu fus maître enfin ? Le remords n'a-t-il pas Pénétré dans ton flanc plus avant que la lance ? - Certes, je sortirai, quant à moi, satisfait D'un monde où l'action n'est pas la soeur du rêve ; Puissé-je user du glaive et périr par le glaive ! Saint Pierre a renié Jésus... il a bien fait.

— Charles Baudelaire (1821-1867)
Les fleurs du mal

Le sceptique

Imitant Courteline, un sceptique notoire, Manifestant ainsi que l'on me désabuse, J'ai des velléités d'arpenter les trottoir(e)s Avec cette devise écrite à mon gibus : « Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires. » Dieu, diable, paradis, enfer et purgatoire, Les bons récompensés et les méchants punis, Et le corps du Seigneur dans le fond du ciboire, Et l'huile consacrée comme le pain bénit, « Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires. » Et la bonne aventure et l'art divinatoire, Les cartes, les tarots, les lignes de la main, La clé des songes, le pendule oscillatoire, Les astres indiquant ce que sera demain, « Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires. » Les preuves à l'appui, les preuves péremptoires, Témoins dignes de foi, metteurs de mains au feu, Et le respect de l'homme à l'interrogatoire, Et les vérités vraies, les spontanés aveux, « Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires. » Le bagne, l'échafaud entre autres exutoires, Et l'efficacité de la peine de mort, Le criminel saisi d'un zèle expiatoire, Qui bat sa coulpe bourrelé par le remords, « Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires. » Sur les tombeaux les oraisons déclamatoires, Les : « C'était un bon fils, bon père, bon mari », « Le meilleur d'entre nous et le plus méritoire », « Un saint homme, un cœur d'or, un bel et noble esprit » « Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires. » Les « Saint-Jean bouche d'or », les charmeurs d'auditoire, Les placements de sentiments de tout repos, Et les billevesées de tous les répertoires, Et les morts pour que naisse un avenir plus beau, « Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires. » Mais j'envie les pauvres d'esprit pouvant y croire.

— Georges Brassens (1921-1981)
Paroles

Paroles de Paul Broca

Ah ! Pourquoi n'ai-je plus, comme dans mon enfance, la croyance au réveil qui succède au trépas, cette foi qui console en donnant l'espérance de retrouver là-haut ceux qu'on pleure ici bas ! Mais à scruter les lois de la nature humaine, à chercher la lumière et la réalité, ma foi s'est dissipée, ainsi que l'ombre vaine des fantômes des nuits, fils de l'obscurité. Et maintenant, hélas, quand la mort implacable ensevelit mon cœur au fond d’un caveau noir, nul baume n’adoucit la douleur qui m’accable et nul fiction ne m’offre son espoir.

— Paul Broca (1824-1880)
Paroles

Pater noster

Notre Père qui êtes aux cieux Restez-y Et nous nous resterons sur la terre Qui est quelquefois si jolie Avec ses mystères de New York Et puis ses mystères de Paris Qui valent bien celui de la Trinité Avec son petit canal de l'Ourcq Sa grande muraille de Chine Sa rivière de Morlaix Ses bêtises de Cambrai Avec son Océan Pacifique Et ses deux bassins aux Tuilleries Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets Avec toutes les merveilles du monde Qui sont là Simplement sur la terre Offertes à tout le monde Éparpillées Émerveillées elles-mêmes d'être de telles merveilles Et qui n'osent se l'avouer Comme une jolie fille nue qui n'ose se montrer Avec les épouvantables malheurs du monde Qui sont légion Avec leurs légionnaires Aves leur tortionnaires Avec les maîtres de ce monde Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres Avec les saisons Avec les années Avec les jolies filles et avec les vieux cons Avec la paille de la misère pourrissant dans l'acier des canons.

— Jacques Prévert (1900-1977)
Paroles
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